19 Septembre... 1883
Ma grand-mère maternelle était née le 19 septembre 1883.
Elle apprit le métier de modiste à Dreux avant de rencontrer mon grand-père qui, lui, était boulanger-pâtissier.
Elle pose ici, jeune mariée, en 1911, fière de coiffer la toque de son nouveau métier.
Son mari fut mobilisé et elle vécut les angoisses d'une guerre meurtrière.
Pendant quatre ans elle se retrouva seule à mener le commerce et élever ma mère née en 1914.
Avec le retour du mari début 1919, elle connut l'aisance d'une vie de commerçante dont les affaires étaient florissantes. Hélas vint la seconde guerre mondiale, puis mes grands-parents se retrouvèrent dans la catégorie appelée - selon le vocabulaire des années cinquante - des "économiquement faibles". Car ce n'est pas d'aujourd'hui que le monde de la finance vit grassement aux dépens de ceux qui lui ont fait confiance. J'ai encore des liasses d'obligations et de "bons au porteur" souscrits par mes grands-parents à l'époque de leur prospérité...
Ma grand-mère avait gardé de sa jeunesse une certaine allure distinguée, le goût pour les grands chapeaux et la toilette, mais je l'ai toujours connue souffrante, ce qui la rendait fatigable et moins réceptive à nos jeux d'enfants lorsque nous allions (deux par deux et pour deux semaines) en vacances à Anet l'été.
En 1961, mes grands-parents vieillissants, grand-mère en trop mauvaise santé pour les laisser seuls, mes parents les recueillirent chez eux, en dépit d'un logement exigu.
J'étais au service militaire en Algérie à l'époque. Ma grand-mère mourut sans que je puisse la revoir car on ne m'accorda pas de permission pour son décès.