La médaille
J'avais sept, huit ans, peut-être un peu plus ?
A Anet, chaque année je défilais le 14 juillet aux côtés de mon grand-père maternel.
La guerre 14 avait ses survivants groupés derrière le drapeau, marchant avec le pas lent et recueilli que l'on retrouvait aux enterrements.
Le parcours du défilé était long et je me souviens qu'il passait par la rue de Penthièvre
Un jour de vacances j'ai trouvé une croix de guerre sans ruban enfouie dans la terre, la poussière et les brins de paille qui encombraient le lit d'une rigole qui traversait perpendiculairement la rue de Penthièvre à son extrémité vers la rue Boxhorn.
J'ai gardé ma trouvaille comme un trésor, sans en parler à mon grand-père. Je ne sais ce qu'il advint plus tard de cette médaille.
J'ignorais à cet âge les souffrances que représentait cette distinction de guerre pour ceux qui en étaient décorés.
Lorsque je pris conscience, bien plus tard, de la valeur affective qu'elle pouvait revêtir j'espérais que ce fût une médaille accrochée au drapeau qui était tombée au sol et non celle d'un ancien combattant.
Plus de soixante ans après je garde encore le malaise de mon silence d'alors.