Je viens d'un monde disparu (La guerre)

Publié le par Papy Jean

LES ANNÉES 40

Petite enfance

Avant de sombrer dans la maladie d'Alzheimer, puis de disparaître, maman avait été cette jeune femme qui, au début de la dernière guerre, se penchait sur mes premiers pas.
Papa, lui,  me tient dans ses bras. J'imagine que chacun est devenu alternativement le photographe de cette séquence familiale du 1er septembre 1940.


Souvenirs de la guerre.

Je me souviens enfant d'avoir fait de larges détours en revenant de l'école maternelle pour éviter de croiser les soldats allemands qui patrouillaient sur la place.


J'ai encore l'image des alertes où nous descendions à la cave, maman prenait ma soeur  Françoise dans ses bras.


Je revois en 1944 dans le ciel près du château de L'Hermitière un combat aérien entre un avion américain et un avion allemand.


Je me souviens d'être allé en 1944 dans un champ près de La Rouge voir un avion américain qui s'était écrasé.

Couché dans mon lit, face à la fenêtre, je vois comme sur une photo un avion allié larguer deux bombes au-dessus de l'église pour essayer de couper la voie ferrée Paris-Brest. Les bombes sont tombées juste à côté, "au trou noir" qui était le dépôt d'ordures du Theil où nous allions jouer avec Roger, mon copain et voisin. Nous y avions trouvé un objet inconnu qui nous faisait rêver : de couleur kaki, un peu comme un niveau avec une bulle d'air. J'imaginais que c'était un instrument de bord d'un avion militaire...

Je revois un éclat d'obus tombé dans le jardin où papa s'était aplati lors d'un bombardement.

 

Je visualise encore le départ des soldats allemands empruntant tout ce qui pouvait rouler, voitures, carrioles, vélos, une débandade pour fuir l'avancée des troupes de Patton qui arrivaient par la RN 10 de La Ferté-Bernard filait vers Nogent-le-Rotrou, Chartres et Paris.

Je me souviens à l'âge de mon petit-fils d'avoir couru derrière les GMC frappés de l'étoile pour avoir des chewing-gums et du chocolat que nous lancaient les soldats américains. Je respirais les étuis vides des paquets de cigarettes américaines. Ils avaient pour moi une odeur de pain d'épices. 

Je me souviens d'une rumeur (et je suis encore étonné de me souvenir de ceci) après le premier passage des Américains. Il se disait qu'un soldat noir américain devenu fou viendrait visiter les maisons car il voulait absolument coucher avec une Française (rumeur raciste ou fondée)? Papa avait préparé une cache pour maman dans la cave où nous nous réfugiions lors des alertes aériennes.

J'éprouve encore l'intense émotion ressentie lors du retour de notre voisin Louis, prisonnier de guerre. Lui en longue capote militaire et calot. Marie sa femme en larmes, ses deux filles (dont Michelle, la marraine de mon frère) autour de leur père,  serrées dans la petite cuisine qui donnait sur notre cour commune envahie par tout le quartier.

Louis et Marie reposent maintenant au cimetière. Leur tombe est juste à côté de celle de mes parents. Voisins dans la vie et dans la mort.

J'ai le souvenir d'une cravate noire avec des larmes peintes au minium que mon père et nos voisins avaient accrochée juste au moment du départ des Allemands, à la porte d'un épicier qui faisait du marché noir.

Je garde en mémoire le défilé joyeux un soir de la Libération, tambours et clairons en tête et drapeaux tricolores  brandis par les adultes. Nous gambadions autour en portant des lampions multicolores : une bougie allumée au centre d'un cylindre de papier plié en accordéon.


Un soir d'été un spectacle de plein air donné dans un champ du Theil au bord de l'Huisne avant qu'il ne devienne le "stade du Pressoir" m'avait fait une forte impression. Un troupe de cosaques dans leur habit traditionnel avait attiré tout le village. Les chevaux galopaient, les cosaques montaient en selle au passage, se laissaient porter allongés sur le dos ou agrippés sur le côté, passaient sous le ventre des chevaux, sautaient à terre en pleine course. Et pour clore le spectacle ils franchissaient une haie de paille en feu.  

Au Theil, chez mes parents, au lendemain de la guerre, je me souviens d'un drapeau tricolore qu'on gardait roulé et qui n'était déployé au-dessus de la boutique sur la place de l'église qu'au 14 juillet. 


Cachés.

photo : La maison maintenant à l'abandon entre Préaux et L'Hermitière, où   nous nous cachions.  Malgré sa décrépitude ce bâtiment - témoin de moments difficiles - fait de loin encore bonne figure dans un environnement d'arbres fruitiers en fleurs.


Parce que mon père refusait d'aller en Allemagne pour le Service du Travail Obligatoire, nous avions vécus quelque semaines  de 1944, cachés par la proche famille à quelques kilomètres du Theil.

Nous étions d'abord restés quelques jours dans une ferme inoccupée et écartée, en contrebas du bois de l'oncle André sur la commune du Theil, puis les cousins Alexandre et Marthe nous ont logés dans  cette petite maison proche de la leur, qui donnait sur leur jardin, au Haut-Bervillet à Préaux.

C'était la fin de la guerre, maman attendait alors son troisième enfant, une jeune soeur qui décéda à 6 mois, en février 1945, faute de médicaments efficaces pour la soigner.

 


Rien n'est précaire comme vivre 
Rien comme être n'est passager 
C'est un peu fondre comme le givre 
Et pour le vent être léger 
J'arrive où je suis étranger 
Un jour tu passes la frontière 
D'où viens-tu mais où vas-tu donc 
Demain qu'importe et qu'importe hier 
Le coeur change avec le chardon 
Tout est sans rime ni pardon 
Passe ton doigt là sur ta tempe 
Touche l'enfance de tes yeux 
Mieux vaut laisser basses les lampes 
La nuit plus longtemps nous va mieux 
C'est le grand jour qui se fait vieux 
Les arbres sont beaux en automne 
Mais l'enfant qu'est-il devenu 
Je me regarde et je m'étonne 
De ce voyageur inconnu 
De son visage et ses pieds nus 
Peu à peu tu te fais silence 
Mais pas assez vite pourtant 
Pour ne sentir ta dissemblance 
Et sur le toi-même d'antan 
Tomber la poussière du temps 
C'est long vieillir au bout du compte 
Le sable en fuit entre nos doigts 
C'est comme une eau froide qui monte 
C'est comme une honte qui croît 
Un cuir à crier qu'on corroie 
C'est long d'être un homme une chose 
C'est long de renoncer à tout 
Et sens-tu les métamorphoses 
Qui se font au-dedans de nous 
Lentement plier nos genoux 
O mer amère ô mer profonde 
Quelle est l'heure de tes marées 
Combien faut-il d'années-secondes 
A l'homme pour l'homme abjurer 
Pourquoi pourquoi ces simagrées 
Rien n'est précaire comme vivre 
Rien comme être n'est passager 
C'est un peu fondre comme le givre 
Et pour le vent être léger 
J'arrive où je suis étranger

 

-

                                                                                        Aragon

 























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Publié dans Les années 40

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G
Nous avons le même âge et des souvenirs analogues. Je me souviens de st Médard de guizières en Gironde où nous étions repliés à cause des bombardements sur Paris. A la libération, sur la place un arbre de la liberté avait été planté en grandes pompes. Le Maire avait dit : " mes chers concitoyens dans cent ans quand vous verrez cet arbre..." Je suis retourné à St Médard 20 ans plus tard. L'arbre n'y était plus. La place était transformée en parking. Quel symbole !
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N
Merci d'avoir écrit ces souvenirs précis et impressionnants vus d'ici.J'étais de me demander quels seront mes souvenirs, quels seront ceux de Loulou et Boubou dans 30 ans ... pas facile ...Tchernobyl, le mur de Berlin, le 11 septembre, ... quelques évènements d'histoire ... et puis la notre, qui se mélange parfois.J'ai du mal à réaliser ... les détours sur le chemin de la maternelle, comment un petit bonhomme de maternelle peut vivre ce danger, quelles traces il en reste ...Mon Loulou qui a entendu des adultes au parc parler d'une histoire d'effraction de domicile dans la nuit chez des gens. ... Il s'inquiétait. La vie est si différente...
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N
Merci d'avoir écrit ces souvenirs précis et impressionnants vus d'ici.J'étais de me demander quels seront mes souvenirs, quels seront ceux de Loulou et Boubou dans 30 ans ... pas facile ...Tchernobyl, le mur de Berlin, le 11 septembre, ... quelques évènements d'histoire ... et puis la notre, qui se mélange parfois.J'ai du mal à réaliser ... les détours sur le chemin de la maternelle, comment un petit bonhomme de maternelle peut vivre ce danger, quelles traces il en reste ...Mon Loulou qui a entendu des adultes au parc parler d'une histoire d'effraction de domicile dans la nuit chez des gens. ... Il s'inquiétait. La vie est si différente...
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K
Je me souviens   L e passage sur le trottoir de la Kommandantur étant interdit , je passais par d'autres rues pour ne pas céder à cette interdiction Je me souviens des SS défilant dans les rues , je fermais les persiennes pour essayer de faire ville morteJe me souviens de la nuit du 6 Juin  . Nous étions dans un champ derrière la maison . Les fusées éclairantes partaient des avions . Les avions passaient en vagues successives et dans un vacarme étourdissant lâchaient leurs bombes sur la ville . Cela a duré des heures . Au matin il y avait cinq cents morts dans une ville de quatre mille habitants .Je me souviens des mitraillages ,du bruit des avions en piqué avant de tirer . Je me souviens que la mère d'une camarade a eu ses deux bébés décapités dans ses bras ;Je me souviens du départ des allemands dans des chariots tirés par des chevauxJe me souviens de l'allégresse de l'arrivée des allies Je me souviens du retour des déportée et des cérémonies au Monument aux Morts . Je me souviens ...
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