Je viens d'un monde disparu (l'Église)

Publié le par Papy Jean

LES ANNÉES 50


Dans mon petit village percheron.

A Verrières, peu de temps après que mes parents aient déménagé du Theil et soient arrivés dans cette petite commune en mars 1948, j'ai attrapé la fièvre thyphoïde et je suis resté alité plusieurs mois avec l'intestin fragile comme une feuille de papier à cigarette disait-on.

J'ai échappé de peu à cette maladie, assez rare et grave à l'époque, qui avait déclenché des recherches sur la potabilité de l'eau communale à la pompe.
Je crois même que j'ai reçu du prêtre l'extrême-onction qui n'était distribuée qu'in extrémis, lorsque le pronostic vital était incertain.

Enfant de choeur.
Au rétablissement de ma santé je fus enfant de choeur, soutane rouge boutonnée sur le devant de haut en bas et surplis blanc bordé de dentelle. Je servais la messe basse dite par le vieux curé Dallier tous les matins avant d'aller à l'école communale.
Introïbo ad altare dei... Ad Deum qui laetificat juventutem meam... Je me souviens encore des répons en latin qu'au début je connaissais par coeur sans en connaître le sens. L'assistance se composait souvent seulement de Mlle Boulay, marraine de ma seconde soeur.
Comme enfant de choeur, pour les baptêmes je recevais souvent un cornet de dragées de la part des parrains-marraines. Ces derniers, à la sortie de l'église - tandis que les cloches sonnaient et que les enfants du village se réunissaient devant les marches de la porte latérale de l'église - lançaient en vrac des dragées et des pièces de monnaie de un et deux centimes. C'était la ruée, dans la poussière et les gravillons de la place pour ramasser pièces et dragées.

Pour les enterrements je portais le bénitier aux côtés du prêtre en suivant le corbillard tiré par un cheval que précédait un enfant de choeur plus solide que moi qui, lui, portait la croix.

Les gens étaient tous habillés de noir, les proches ou amis désignés en signe d'estime, tenaient aux quatre coins du poêle (c'était le nom porté par le grand drap mortuaire noir qui recouvrait le cercueil) les cordons et marchaient d'un pas lent de part et d'autre du corbillard qui portait au sommet l'initiale du patronyme du défunt, tandis que le prêtre chantait Dies irae, dies illa  en montant la côte vers le cimetière où il arrivait tout essouflé. Souvent nous redescendions rapidement après la mise en terre enlever la soutane à la sacristie pour regagner l'école.

Les femmes avaient encore parfois par dessus leur chapeau un grand voile noir. Tous les habits étaient pour cette occasion teints en noir. Ma mère vendait des boules de teinture, les gens faisaient chauffer dans une bassine manteaux et robes. Le deuil se portait au moins deux ans pour les jeunes, les femmes veuves restaient  en noir toute leur vie. Les hommes endeuillés portaient parfois un large brassard noir entre l'épaule et le coude, plus souvent un crêpe au revers de la veste. Chez les familles riches, je l'avais vu au Theil pour un deuil c'est tout le rez-de-chaussée de la maison qui était revêtu d'un grand drap noir épais avec les initiales du défunt brodées d'argent  dans un écusson noir au-dessus de la porte d'entrée.




La semaine de Pâques.



Du Jeudi Saint à l'office de Pâques les cloches de nos églises sont silencieuses pour marquer le deuil de la mort du Christ. Pour compenser l'absence de l'angélus qui rythmait la journée, nous passions enfants dans les rues du Theil  en faisant tourner une crécelle comme celle-ci.



L'influence de l'Eglise.

Dans l'immédiate après-guerre l'Eglise était une institution incontestée. 

Dans le village tous les enfants (ou presque, mais je n'en connaissais pas) étaient baptisés et assistaient assidûment à la messe dominicale, au moins jusqu'à leur confirmation.
Enfant, si l'on manquait la messe le dimanche (pour une visite familiale dans un autre village par exemple), pour être admis à faire sa communion solennelle il fallait faire signer au curé de l'autre village un carnet qui prouvait votre présence à la messe dominicale.

Je me souviens encore, au Theil, de la procession extérieure dans les rues de la bourgade qui marquait   la fête de l'Assomption.

Les enfants de choeur - soutane rouge et surplis blanc - marchaient en tête sur deux files parallèles. De très jeunes filles habillées de blanc portaient en bandoulière un genre de corbeille emplie de pétales de roses qu'elles lançaient du geste du semeur et qui retombaient sur le sol. Venaient le vicaire en surplis puis, abrité  sous un dais porté à chaque coin par un paroissien émérite,  le doyen en chasuble brandissant l'ostensoir. Suivait  - en chantant des cantiques et l'ave Maria comme à Lourdes -  la foule des catholiques pratiquants, femmes et enfants majoritaires mais encore bon nombre d'hommes.

Sur le trajet de la procession des paroissiennes  laissaient pendre depuis l'appui de leur fenêtre du premier étage des draps blancs ornés de fleurs en papier crépon dessinant les lettres de la Vierge.

Au coin de la rue de la Mateau un "reposoir" fleuri permettait aux porteurs du dais de marquer la pose pour retrouver du souffle avant que la procession ne retourne vers l'église.

 
Lourdes

C'était l'été 1959, j'étais scout et servais plusieurs jours comme brancardier.

Je n'avais pas aimé la ville pour ses bondieuseries vendues par les marchands du temple mais j'ai été ému par le rassemblement des malades, ces corps abîmés, l'esprit tendu vers une espérance.

Il y avait ce jour-là un pèlerinage de gitans...

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Publié dans Les années 50

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T
Moi je me souviens des processions des rogations accompagnées des litanies jusque vers l'année 1960! et aussi le sol des rues décorées de pétales de fleurs (ça c'était un enchantement) le long desquelles les enfants déguisés en anges, vierge Marie ou Jésus!!!! descendaient en processions. Mais je ne pense pas que dans notre village, la religion était incontestée. Je me souviens aussi des querelles entre deux mondes, ceux des enfants de l'école "d'en haut" (les rouges!) et ceux de l'école "d'en bas" (les cathos),  conflits qui ne sont pas sans rappeler la guerre des boutons. Dans son enfance déjà mon père avait connu cette opposition qui a duré jusque vers le début des années 70 et il reste d'ailleurs toujours des traces chez les gens de ma génération! je ne comprenais pas tout cela quand j'étais enfant sans doute parce que mon père venait "d'en haut" et ma mère "d'en bas", mon grand-père paternel était ouvrier ardoisier et mon grand-père paternel directeur d'école privée! Cet antagonisme a fait de moi ce que je suis aujourd'hui je pense, mais je subis encore les préjugés des uns et des autres car dans un village les esprits changent moins vite que dans les villes!
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