Je viens d'un monde disparu (la radio)
Ceux qui "causaient dans le poste"
Après la guerre, au moment du dîner, mes parents écoutaient la radio comme un moment de détente. Perché sur une étagère de la cuisine, le petit meuble en bois avec de gros boutons laissait pendre un fil électrique torsadé, juste à hauteur de la prise ronde et protubérante en porcelaine blanche. Il suffisait d'enfoncer la fiche et nous avions, après quelques crachotements, Radio Luxembourg. Le dimanche on se délectait du brocardage des politiques par les "chansonniers" comme Jean Amadou, Maurice Horgues, Robert Rocca, Jacques Grello, Jean Valton, Jean Granier, Edmond Meunier, Christian Vebel, Pierre-Jean Vaillard et peut-être d'autres, dont je ne me souviens plus des noms. L'émission commençait par une ritournelle : " pour raconter le monde, avec la voix des ondes...". L'actualité politique constituait la partie la plus appréciée de mes parents qui riaient aux traits d'humour critiques. Aujourd'hui cela ne paraîtrait pas très audacieux, mais alors cela nous ravissait : "qu'est-ce qu'ils leur mettent!"
En semaine il y avait des feuilletons comme la « famille Duraton », dont les péripéties du quotidien étaient appréciées des Français moyens dont nous faisions partie. Je me souviens plus tard que mon professeur de français avait dit qu'il ne voulait pas faire de nous des auditeurs de la famille Duraton. Il avait raison, mais sur le coup il avait heurté ma solidarité familiale. Raymond Souplex et Jane Sourza, en clodos sympathiques, nous offraient leur philosophie dans l'émission Sur le banc. Jean Nohain dans une pluie de cadeaux animait Reine d'un jour et vendait déjà du rêve. Un peu plus tard Zappy Max maintenait l'auditoire en haleine par ses questions récurrentes : Quitte ou double ? Dans un genre plus sérieux, de sa voie singulière, la journaliste Geneviève Tabouis nous confiait ce qui se disait dans "les milieux bien informés" et commençait invariablement sa chronique par : « Attendez-vous à savoir....» et concluait par un énergique "Vous le saurez demain !"
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