Je viens d'un monde disparu (Les vacances)
LES ANNÉES 40
L'été chez les grands-parents.

Deux par deux pour ne pas trop fatiguer ma grand-mère qui avait une santé fragile, (c'était d'abord ma soeur et moi, puis ensuite mon frère et ma jeune soeur), mes parents nous emmenaient en vacances à Anet chez mes grands-parents maternels.
Mon grand-père - né dans la Sarthe un 21 février 1881- en dépit d'une vie remplie de vicissitudes a toujours gardé avec ses semblables une attitude accueillante et serviable.
Il manifestait dans sa vie une patiente sagesse. Il avait connu l'aisance puis fut ruiné par la guerre et sa confiance d'épargnant dans des emprunts russes.
Ce fut pour moi, mon frère et mes soeurs un grand-père merveilleux qui, au moment des grandes vacances, nous donnait tout son amour et sa disponibilité alors que mes parents étaient trop pris par leur commerce pour nous consacrer plus de temps que l'essentiel.
J'admirais ce grand-père qui savait tout faire. Il réparait les chaussures, jardinait, il confectionnait lui-même des paniers comme celui qu'il a à ses pieds. Il nous emmenait dans la forêt à la cueillette des champignons, jouait avec nous au "Nain jaune", cuisinait les tartes aux mirabelles, soignait et faisait les piqûres pour notre grand-mère malade, nous emmenait le dimanche à la messe, priait le soir à genoux au pied de son lit, rendait service à tout l'entourage dont il avait l'estime.
Il avait un jardin tout en profondeur, Chemin-du-Roy à Anet, avec des mirabelliers et des poiriers, des pommiers et des framboisiers, une petite cabane aux planches goudronnées où il rangeait bêches, sarcloirs, arrosoirs. Au centre une petite mare survolée de libellules. Il m'attrapait des grenouilles que l'on relâchait en repartant. Je l'accompagnais aux réunions de la société d'horticulture à Ezy, où chacun concourrait avec sa meilleure récolte : qui le plus beau chou, qui la plus lourde pomme de terre, la carotte la plus grosse... Un palmarès qui figurait dans le petit journal local !
Mais ce qu'il a le mieux jardiné ce sont ses petits-enfants qu'il a toujours nourris d'une affection bienveillante, d'une bonté débordante, d'une disponibilité sans faille dont je garde un si beau souvenir.