Je viens d'un monde disparu (le service militaire)
LES ANNÉES 60
Le service militaire.

Ce souvenir personnel de l'Algérie. Devant nous en armes, surgis tout à coup auprès de son campement en pleine nature, l'enfant a couru se réfugier près de sa mère qui tentait malgré sa peur de le rassurer.
19 mars 1962 Cessez-le-feu en Algérie
Mais que sont mes harkis devenus ?
Ils auraient pu nous tuer et sauver leur peau en désertant et en emmenant nos armes.
Berkous, je pense à toi en particulier, natif de Mondovi, le village natal d'Albert Camus, où tu m'avais demandé de stopper pour aller visiter ta mère.
Il n'y a pas de vainqueurs dans la guerre, mais des souffrances de tous côtés. Je comprends les Algériens qui voulaient leur indépendance, hélas qu'en ont fait leurs responsables ? Je comprends les Pieds-Noirs qui perdaient un pays qu'ils aimaient. Hélas, avant 1954 leurs responsables n'avaient pas établi les conditions de la démocratie et ensuite ils refusaient une évolution nécessaire.
Quel gâchis !
Photo du 9 mars 1962 à Bône (Annaba),
près de la tour Moktar
26 février 2009
Rares sont les films sur la guerre d'Algérie. Arte diffusait ce soir La Trahison qui retraçait la période et des lieux de mon service militaire en Algérie. J'y ai retrouvé de nombreuses descriptions sobres et justes. Regroupements des populations. Racisme. Différence de mentalité entre appelés du contingent et militaires de carrière. Méfiance imposée par les événements malgré toutes les bonnes volontés - surtout dès que les pourparlers entre la France et le FLN pour mettre fin au conflit furent connus - à l'intérieur de l'armée envers les "FSNA" (Français de souche nord-africaine", qui était l'appellation officielle utilisée par l'armée).
Sur les 7 hommes dont j'étais responsable 3 ou 4 - selon les missions - étaient soit harkis soit des "appelés" nord-africains et ils auraient pu, tout à la fin, nous attaquer pour se "dédouaner" et filer avec nos armes vers la Tunisie toute proche où le FLN avait ses bases. Il ne l'ont pas fait et sont restés dans nos rangs, alors que par moments nous étions seuls en pleine nature à proximité de la frontière en zone interdite.
Après mon départ en 1962 je pense que mes harkis n'ont pas survécu à leur désincorporation après l'indépendance de l'Algérie.
Histoire d'une blessure


A propos de l'Indépendance :
Ce soir (24-03-2007) sur France 3 : première partie de 3 volets sur "les Pieds-noirs, histoires d'une blessure"
Finalement ce volet s'est révélé assez faible à mon avis, des souvenirs parfois intéressants mais cela m'a laissé sur ma faim.
Par contre le téléfilm qui précédait, "Nous nous sommes tant haïs", m'a touché aussi bien par l'histoire personnelle du couple que par celle de la construction de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier. J'y ai retrouvé des notations justes sur le sentiment général pendant et après guerre à propos des "boches". Du chemin a été fait, mais le racisme a pris d'autres cibles.
Le deuxième volet (avril 2007) sur la guerre d'Algérie au moment de l'accession à l'indépendance m'a paru en légère amélioration par rapport au premier, peut-être parce que c'est un épisode que j'ai vécu et où l'on a vu se creuser le fossé entre communautés au fur et à mesure des attentats. J'ai surtout retenu quelques témoignages très douloureux de ceux qui ont eu des morts à la fusillade d'Alger et des disparus en 1962 après la signature des accords d'Evian.
La 3e et dernière partie du documentaire sur les Pieds-Noirs : comme je n'étais pas à Oran, où l'OAS au moment de l'indépendance avait été très virulente, je n'avais pas eu l'impression qu'il y avait eu autant de morts et d'enlèvements d'Européens par l'ALN sur Bône.
Pourtant j'avais effectué quelques escortes d'urgence vers les Salines, mais il s'agissait plutôt d'Européens menacés de mort par l'OAS.
Ce qui m'interpelle c'est que sur le bateau de mon retour en juillet 1962 je n'ai pas eu cette perception de la détresse massive des rapatriés. Peut-être trop centré sur moi.
En tout cas ce reportage m'a permis de mieux ouvrir les yeux sur la souffrance de ceux qui avaient le projet de rester en Algérie et qui ont dû, devant le danger, revenir dans un pays hostile. Li fet met ("le passé est mort", en arabe) mais "ça saigne encore" dit un rapatrié dans ce troisième volet.
Vous qui vivez
de l'autre côté de la mer
aux regards lumineux
qui savez lire
dans la ligne de la main
les chemins du futur
racontez-moi l'usure du temps
et le secret des paroles ancestrales.
Les papillons du Détroit (Mohamed El Jerroudi)