Je viens d'un monde disparu (la solidarité ouvrière)
Au retour du service militaire, ma femme m'a fait découvrir le syndicalisme ouvrier.J'en ai expérimenté les limites et la valeur.
Avant 1968 et la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise l'engagement était plus risqué qu'actuellement car moins protégé par le droit du travail.
L'une des figures marquantes d'un militantisme généreux qui m'est restée de mes débuts est celle d'un maçon cégétiste et membre du parti communiste. Il est mort d'un coup de couteau un jour d'inondation à Nogent.
La mise en avant de la promotion individuelle, la scolarité plus longue, une sclérose dans les schémas de pensée et les formes de lutte, le morcellement des organisations entre réformisme et formes plus radicales de lutte, les structures éphémères de comité de lutte, la mondialisation des échanges économiques et l'organisation internationale des entreprises, l'érosion des partis politiques représentant traditionnellement la défense des classes populaires, la migration d'une partie des votes protestataires vers le Front National, l'influence de l'idéologie libérale... Pour des raisons multiples le syndicalisme a perdu une partie de sa capacité de se renouveler et de recruter parmi les jeunes salariés.
Le syndicalisme ouvrier fut pourtant un instrument d'émancipation formidable pour beaucoup de militants de base. Souvent leur courte scolarité ne leur avait pas permis de développer leur potentiel intellectuel.
L'engagement syndical dans "le privé" se payait souvent sur la vie de famille au plan personnel et par la mise à l'écart de toute promotion sur le plan professionnel, parfois même du harcèlement et la difficulté de retrouver une embauche lorsqu'on était vraiment fiché. (Cela reste vrai aujourd'hui hélas dans trop de cas).
En positif, il développait des capacités d'organisation, de synthétisation, une meilleure connaissance des mécanismes économiques et politiques. La prise de parole en public, la nécessité de convaincre et de rédiger, d'argumenter face au représentant de l'entreprise, de se documenter sur le droit du travail et la marche de l'entreprise sont facteurs de développement personnel qui valent bien d'autres formes d'acquisition.
Les excès qui ont amené la crise financière et économique actuelle, le démantèlement de beaucoup d'acquis sociaux dans les entreprises, la régression du service public, un service de santé à plusieurs vitesses seront peut-être l'occasion pour les jeunes générations d'une prise de conscience de la nécessité d'inventer des mécanismes de solidarité efficaces, en phase avec leurs préoccupations et leurs modes de pensée, pour retrouver des voies de progrès réel.
Quant à moi, en syndiqué conscient des limites mais aussi des apports de l'organisation, j'ai participé le 1er mai dernier à un défilé unitaire pour un rituel d'espoir dans la capacité syndicale de dépasser ses divisions et de s'unir afin de résister à un système économique où le salarié est trop souvent la variable d'ajustement du profit maximal.
Publicité